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  • : "Etant enfant je croyais à l'ordre du monde, je veux dire par là que je me figurais que tout était comme il devait être, que des lois justes gouvernaient la société entière ; et peu à peu, je découvris,avec un sentiment d'inquiétude qui dure encore, que le monde était en proie à une folie générale, que rien n'était solide, que tout était suspect, et que nous vivions dans un état voisin du chaos" J.GREEN, Journal 1942. C'est pourquoi je suis avocat de l'ordre. Les avocats, eux ,que défendent-il?
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  • Fabrice LAMBOTIN
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Lundi 15 novembre 2010 1 15 /11 /Nov /2010 11:39

 

M le Maudit, B le Baveux...



M le Maudit : film de Fritz Lang,  1931.

A Düsseldorf, des fillettes sont victimes d'un tueur en série.


La police, sous pression, patauge. Elle multiplie les actions "coup de poing" contre les truands  qui subissent les conséquences de cette politique répressive à tout va.


La pègre décide alors de se mettre à la poursuite du meurtrier d'enfants.


Tandis que la police travaille scientifiquement sur ce qu'il s'est passé, la pègre s'appuie sur le maillage territorial des clochards et mendiants pour démasquer le tueur dans ses déplacements à venir. C'est elle qui sort vainqueur de cette traque, grâce à un aveugle qui identifie M. sifflant  l'air de Grieg. Après filatures et recherches, M. est capturé et conduit dans une distillerie désaffectée.


Il fait désormais face à un tribunal mis en place par la pègre dans un sous-sol réunissant les truands de la ville.

 

Pas de tribunal sans avocat... Les droits de la défense doivent être respectés... Un truand s'improvise baveux... plus vrai que nature !

Légende :


M le Maudit

Le truand baveux

Le chef de la pègre

Des femmes

Des hommes

Le chef de la police


 

 

 


- Vous n'avez pas le droit !...Vous n'avez pas le droit de me garder ici !
- Un type comme toi n'a que le droit d'être tué !
- Exactement !
(Cris collectifs puis chut !...)
- Puisque tu en parles... On te fera justice. Ici, il n'y a que des experts en la matière... De six semaines... à quinze ans... Ils feront en sorte que justice soit faite... T'auras même un défenseur... Tout sera fait dans les règles...
- Un défenseur ?... J'en ai pas besoin !... Qui veut donc m'accuser ? Vous, peut-être ?...
- A votre place, je le prendrais pas sur ce ton. Vous jouez votre tête. Vous pigez ?
- Qui êtes-vous donc ?
- J'ai le plaisir relatif d'assurer votre défense... Avec peu d'espoir, d'ailleurs.
- Avez-vous l'intention de me tuer ?
- Nous voulons simplement te rendre inoffensif... Et tu ne le seras qu'une fois mort.
- Vous ne pouvez pas m'assassiner comme ça !
(Rire collectif)
- J'exige qu'on me livre à la police !
(Rire collectif)
- Je veux comparaître devant un vrai tribunal !
(Rire collectif)
- Elle est bonne !... Pour qu'on te déclare irresponsable... et qu'on te cajole dans une maison de santé... Puis, tu t'échapperas... ou bien, il y aura une amnistie,
et toi, peinard... comme dingue, t'as rien à craindre... protégé par ton irresponsabilité...
(Rire collectif)
- Tu zigouilleras encore des fillettes... Non, plus jamais... Tu dois être mis hors d'état de nuire.
- Mais je n'y suis pour rien !... Ce n'est pas de ma faute !
- On connaît la chanson !... On est tous innocents dans un tribunal !
- Qu'est-ce que tu en sais ?... Qu'est-ce que tu racontes ?... Qui es-tu d'abord ?... Qui êtes-vous, tous ?... Rien que des criminels !... Vous êtes peut-être fiers d'être des casseurs, des monte-en l'air, des tricheurs. Toutes choses que vous pourriez aussi bien ne pas faire, si vous aviez étudié ou si vous aviez du travail, au lieu de tirer au flanc... Mais moi... Est-ce que je peux faire autrement ?... Je porte en moi cette malédiction... Cette brûlure, cette voix... ce supplice !
- Tu prétends... être obligé d'assassiner ?...
- ... Quelque chose me pousse à errer par les rues. Je sens que quelqu'un me suit sans arrêt... C'est l'autre qui me poursuit ! Sans bruit... mais je l'entends quand même... Et parfois, j'ai l'impression de me poursuivre moi-même...(Un vieux acquiesce de la tête)... Je voudrais m'enfuir... mais je ne peux m'échapper (Un autre fait de même)...  Cette force qui me pousse... Je cours... je cours... par des rues sans fin... Je veux résister ! Je veux résister !... Et je cours, entouré des fantômes... des mères, des enfants... (l'angoisse gagne les femmes)... Ils sont là. Ils se collent contre moi !... Toujours ! Toujours ! Toujours !... Et seulement quand je cède... ... ...  Alors, tout s'évanouit autour de moi... Puis, je me trouve devant une affiche et je lis ce que j'ai fait... Je n'en crois pas mes yeux... C'était moi ?... Je ne me souviens de rien !... Qui me croira ?... Qui sait ce qui se passe en moi ?... Ces cris, ces hurlements... Cette force qui me pousse... Je résiste, elle me pousse !...  Je résiste, elle me pousse encore... Puis, cette voix stridente. Je n'en peux plus de l'entendre!... Au secours ! Je n'en peux plus, je n'en peux plus... je n'en peux plus... je n'en peux plus... je n'en peux plus... ...
- ... L'accusé vient de nous dire... qu'il est obligé d'assassiner... C'est-à-dire... qu'il est poussé... ... Il a prononcé sa sentence de mort. (Approbation ce certains)... Un homme qui avoue... être obligé de détruire des vies humaines,... il faut l'abattre comme une bête fauve ! (des bravos)... Il faut l'exterminer !... Il faut l'éliminer ! (Applaudissements prolongés)...
- Je demande la parole....
- La parole est à la défense !
- ... Mon honorable collègue... recherché, si je ne m'abuse, pour trois affaires de meurtre...
- Aucun rapport !
-... prétend que mon client, qui cède à une force irrésistible ne mérite que la mort... Il se trompe... Précisément, cette contrainte l'acquitte. (contestations dans le public)...
- T'es tombé sur la tête !
- Là où il y a contrainte, il n'y a plus de libre arbitre (contestations)... Là où il n'y a pas de responsabilité, aucune peine ne peut être prononcée (contestations)
- Il faudrait acquitter ce salaud ?
- Le laisser en vie ?
- Vous devez comprendre que cet homme est malade. Ce n'est pas l'affaire du bourreau, mais d'un médecin...
- Tu garantis sa guérison ?
- Il y a des asiles.
- Et s'il s'évade ?
- Ou si on le renvoie comme guéri ?
- Il recommencera... De nouveau un jugement, un asile psychiatrique... On le laisse sortir ou il se sauve, et encore des meurtres... Il n'y a pas de raison que ça cesse.
- Tuer un homme qui n'est pas responsable de ses actes, personne n'en a le droit. Même pas l'Etat. Et vous encore moins... C'est à l'Etat de faire en sorte que cet homme cesse d'être un danger pour ses concitoyens. (mélanges de rires et de contestations puis éclats de rires)...
- T'as pas d'enfants, t'as donc pas pu en perdre... Mais si tu veux savoir ce que ça fait... demande-le aux parents... Ils te diront ce qu'étaient ces jours et nuits d'incertitude. Et ce qu'était ensuite... la certitude... Demande aux mères !... Oui, demande aux mères ! (approbations). Crois-tu que les mères l'acquitteront ?
- Elle a raison ! (cris... hurlements)
- A mort, le monstre !
- Tuez-le !
(Hurlements de toutes parts... demandes de mise à mort)
- Vos interruptions me laissent froid ! ... ... ... Je n'admettrai pas qu'on commette un meurtre en ma présence... J'exige que cet homme...
- C'est pas un homme !
- Que cet homme puisse bénéficier de la protection de la loi.
- Jamais !
- J'exige que cet homme soit livré à la police (contestations).
- Pas de police !
(Hurlements de toutes parts... demandes de mise à mort)


La salle se rue vers M le Maudit... puis, d'un coup, tous se figent... et lèvent les mains en l'air... ... ...

 
- ...Au nom de la loi...

...


 
(Une vrai salle de tribunal... le président des assises entre, suivi de ses assesseurs et des jurés)
Le président remet sa toque très solennellement et prend la parole.
Au fond de la salle, trois femmes en deuil pleurent... L'une d'entre elles gémit :
- Jamais nous ne reverrons nos enfants... (sanglots des trois femmes)... Il faudra... davantage... veiller sur nos enfants... (pleurs)


Conclusion : 1931 / 2010, Rien n'a changé


Les criminels bénéficient de tous les atouts:
- Les flics qui rament...
- Quand ils se font pincés :Toujours un baveux  blablateux pour nier ou justifier leurs actes.
- Malgré la lucidité de certains, la justice surprotège les monstres et se moque des victimes

 

.

 
M le maudit
b le baveux















   




Par Fabrice LAMBOTIN - Publié dans : Satire
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